Halloween s’invite chez Resaplanet

Vous n’allez pas le croire, parce que je ne l’aurais pas cru non plus. J’écris ces lignes depuis mon téléphone, barricadé dans les toilettes de Resaplanet et je sens que la porte va céder.

Je m’appelle Gaston. A la base, je ne suis qu’un simple étudiant en commerce à Montpellier. Un simple étudiant qui pensait naïvement que réaliser un stage à l’île Maurice serait le meilleur moyen d’allier l’utile à l’agréable.

Cela fait maintenant deux mois que j’ai commencé mon stage, et tout se passait pour le mieux. Seulement voilà, nous sommes le vendredi 30 Octobre, et aujourd’hui toute l’équipe de Resaplanet a décidé de fêter Halloween. Pour l’occasion, il était convenu que chacun vienne déguiser.

N’étant que stagiaire, je mettais un point d’honneur à arriver l’un des premiers au bureau, afin de compenser mon inexpérience et mes profondes lacunes en orthographe. Seulement aujourd’hui, alors que je me présentais avec mes habituelles 10 minutes d’avance, tout le monde était déjà à son poste.

Mais ces bureaux remplis plus tôt que d’habitude n’ont pas été la plus grande surprise de la matinée. Le mur de l’entrée ; où d'habitude trône fièrement le logo de l’entreprise ; avait été repeint. Le bleu turquoise (d’un goût douteux si vous me demandez mon avis) avait été remplacé par un noir sombre. Les mines réjouies que j’aie l’habitude de côtoyer étaient toutes dépitées. Une atmosphère indescriptible avait envahi les locaux... à la fois pesante et effrayante.

Fier de mon déguisement et de mon créole hasardeux, je décidais de braver cette ambiance peu conviviale et de lancer un « Ki Position ? » à toute l’équipe. Pas un bruit. Pas un mouvement de tête. Pas un sourire. Tout ce que j’entendis en guise de réponse fut le bruit désagréable de 15 personnes qui tapaient frénétiquement sur le clavier de leurs ordinateurs.

J’ai d’abord pensé que c’était une petite blague. Que tous ces Mauriciens s’étaient passé le mot pour faire peur au petit Français fraîchement débarqué. Et c’est là que j’entendis un hurlement. Quand je dis hurlement ; c’était peut-être plus une vocifération, et encore, c’est un euphémisme devant les décibels émis. Ce cri horrible venait du bureau d’en face qui était celui de Matthias, le patron de l’entreprise. Cela m’a paru étrange venant de lui. Je le considérais plutôt comme un chic type et je ne l’avais jamais vu s’énerver auparavant. J’ai senti que ce n’était pas aujourd’hui que je devais me faire remarquer. Direction ma chaise, mon bureau, et dans le silence. Seulement, ce silence était briser par les aboiements de plus en plus agressifs émanant du bureau d’en face. Je lisais la peur sur tous les visages.

Je cherchais désespérément le regard de mon maître de stage, dont le poste était en face du mien. En vain, elle gardait la tête baissée, et j’aperçus des larmes qui coulaient le long de ses joues. C’était épouvantable. Le sentiment le plus désagréable que j’avais jamais connu. Je me suis retrouvé assis là, dans l’impossibilité de bouger, étouffé par une atmosphère que je ne pouvais expliquer.   

10h23. Cela faisait une heure et trente minutes que je fixais mon ordinateur. Les cris avaient redoublés. C’est à cette minute précise qu’un autre cri transperça la salle. Un cri de douleur. Flo ! C’était Florent qui criait, l’associé de Matthias. J’entendis la porte du bureau d’en face qui s’ouvrait lentement. Je fixais apeuré notre porte, effrayé à l’idée de ce qui allait rentrer dans nos bureaux.

Matthias entra. Du sang avait tâché sa chemise. Aucun son ne sortit de ma bouche, incapable de faire le moindre mouvement. Le son des touches de clavier s’accentua, tout le monde avait vu, mais personne ne réagissait. Il s’approcha de Ché. Elle leva les yeux, s’excusa, et se remit à taper sur sa machine, avant de s’écrouler.

Personne ne bougea le moindre cil. J’étais le seul à regarder cette scène qui en ce lieu me paraissait irréelle. Matthias pencha sa tête en arrière et hurla d’une voix rauque « CONTRATS !». Je me suis précipité dans les toilettes, j’ai fermé la porte, et je me suis retrouvé ici avec comme pour seule arme une brosse à nettoyer les toilettes.

Dehors, je pouvais imaginer le carnage. «  Taux de conversion ! » ; «  Repeaters » ; «  Marge sur bénéfice » A chaque phrase, j’entendais le bruit cinglant de la machette qui rencontrait la chair humaine. Au bout de 10 insoutenables minutes, il y a eu un silence. J’ai entendu des pas qui se rapprochaient. Et cela faisait maintenant un quart d’heure que Matthias, possédé par je ne sais quel démon du tourisme, frappait sa tête contre la porte des toilettes en répétant d’une voix mélancolique, « J’ai été stagiaire aussi, sors.  J’ai été stagiaire aussi, allez sors. »

J’aurais dû écouter ma mère et m’acheter un téléphone mauricien. Pitié, pourvu que les voisins aient tout entendu…

 

 

HAPPY HALLOWEEN AVEC RESAPLANET

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